Chaque printemps, lorsque la terre est dépouillée de sa couverture de neige et que le soleil réchauffe le sol, les agriculteurs canadiens s’activent aux champs. La machinerie préparée, ces derniers remplissent leurs semoirs avec la semence qu’ils ont soigneusement sélectionnée selon leurs besoins à travers une compagnie de semences certifiées sur le marché canadien.

Dans la ruée de la saison des semences, le long processus impliqué dans la mise en marché et l’accès de ces semences, qui sont essentiellement à la base de la société humaine, est souvent négligé. En effet, le sort de l’humanité tout entière repose sur le matériel génétique renfermé dans chacune de ces petites graines qui représentent des milliers d’années de sélection génétique naturelle ou plus récemment, d’ADN recombiné (ADNr).

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la population humaine pour l’année 2050 est estimée à plus de 9 milliards d’habitants. La production alimentaire devrait donc augmenter proportionnellement de 60 %. Les végétaux représentent 80 % de l’alimentation humaine globale. Sur 250 000 espèces de plantes (dont 30 000 comestibles), seulement 30 espèces sont cultivées à grande échelle dans le but de nourrir la planète. D’autre part, le riz, le blé, le maïs, le mil et le sorgo fournissent à eux seuls 60 % de l’apport énergétique de la population mondiale. «La sécurité alimentaire passe donc par la garantie des approvisionnements en semences des communautés agricoles», affirme la FAO.

Des obstacles dans le tiers-monde

Malheureusement, il existe à l’heure actuelle encore plusieurs obstacles à cet approvisionnement de semence dans les pays en voie de développement. De plus, puisque le taux de croissance de la population dans ces pays est en augmentation, une hausse de la production de nourriture est donc impérative pour atteindre la sécurité alimentaire.

Les politiques entourant le développement, la production, la certification et la mise en marché des semences sont pratiquement inexistantes dans la plupart des pays du tiers-monde. Puisque l’accès à des semences certifiées est difficile, les agriculteurs de subsistance ou à petite échelle réservent une partie de leurs récoltes pour leur prochaine saison des semis. Dans leurs champs, il n’y a aucune distinction entre les plants destinés à l’alimentation humaine et les plants réservés à la production de semences. Pourtant les critères de sélection pour ces deux types d’utilités diffèrent invariablement. Conséquemment, la qualité des semences laisse souvent à désirer et contribue à la stagnation du progrès et l’inefficacité des systèmes de production.

Certifiée, donc de qualité

Une semence certifiée est une semence dite pure qui a été développée à partir d’une petite quantité de semence contenant des gènes sélectionnés qui expriment chez la plante des caractéristiques désirées. Cette sélection génétique permet l’adaptation des plantes à leur environnement dans le but d’optimiser leur production. Les gènes utiles sont définis et incorporés dans le génome de la plante soit par croisements traditionnels ou par manipulation génétique. Des gènes considérés néfastes ou nuisibles peuvent aussi être éliminés par ces méthodes. Face à la réalité des changements climatiques, ces méthodes s’avèrent particulièrement intéressantes dans la création d’organismes résistants à des conditions difficiles telles que la sècheresse ou l’apparition de nouvelles pestes, par exemple.

Éviter la contamination

Au Canada, l’Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) assure l’approvisionnement de semences par le processus de certification géré par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Ce processus extrêmement rigoureux et contrôlé implique la création d’une nouvelle variété, la multiplication des semences parentales dans des champs désignés, l’assainissement de la machinerie, l’épuration de la culture, la récolte, l’entreposage isolé, le classement des graines et finalement la mise en sac et l’étiquetage.

L’étiquette bleue de certification de l’ACIA offre la garantie que la semence est de variété pure avec un pédigrée traçable et dépourvu de toute contamination. Les compagnies qui développent ces semences obtiennent des droits de propriété intellectuelle sur les nouvelles variétés afin d’encourager l’avancement et l’innovation continuelle dans ce domaine. Grâce à son système de certification, le Canada est réputé pour la qualité de ces semences et exporte même ses produits sur le marché mondial.

Une solution pour les pays en développement?

Pour les agriculteurs du tiers-monde, l’absence d’un tel système et l’accès limité aux ressources indispensables comme des semences de qualité affectent la sécurité alimentaire des communautés agricoles et des villes du même coup.

Bref, le contrôle de la qualité de la semence jumelé à une sélection de gènes et de caractères adaptés à l’environnement mène potentiellement à l’atteinte d’un meilleur rendement sans augmenter les ressources utilisées. Bien que la sécurité alimentaire mondiale soit une question complexe affectée par plusieurs enjeux importants, le développement de systèmes de certification ou de production de semences intégrées allant du producteur jusqu’au distributeur représente une solution intéressante. Particulièrement pour les pays en voie de développement afin de satisfaire les besoins alimentaires de la population grandissante dans un monde graduellement épuisé de ressources.