Dr Denis Lacroix vient de prendre sa retraite, mais il ne quitte pas Hearst, ce qu’il tient à préciser. Le Nord a rencontré ce fils de la communauté qu’il a servie comme médecin de famille et anesthésiste pendant 33 ans.

LN : Un mot sur vos débuts ? DL : J’ai été élevé ici, j’ai fait l’école primaire et secondaire à Hearst. Je suis parti étudier la médecine pendant sept ans à Ottawa, puis deux années à McGill pour une résidence en médecine familiale et une année à Toronto pour une certification en anesthésie. Je suis revenu en juillet 90 et j’ai pris ma retraite en juillet 2019. LN : En regardant en arrière, quelle impression cela fait ? DL : L’impression d’avoir fait le bon choix, ça a été vraiment de belles années. Quand je suis arrivé ici, je voyais des médecins qui étaient des bourreaux de travail. J’avais dit à ma femme qui venait d’Ottawa, si aller à Hearst c’est être un missionnaire et ne pas avoir de temps pour la famille, ne pas avoir de temps libre, on ne va pas à Hearst, on va se trouver un autre endroit. Finalement ici, on a trouvé un mode de vie très équilibré. On travaille fort, mais on a toujours été quand même un groupe de médecins assez convivial et c’était facile de s’entraider. Quand un médecin vient à Hearst, il doit être polyvalent : faire de la médecine familiale, de l’urgence et aussi de l’obstétrique. Ma certification en anesthésie était aussi un avantage pour la ville, car à ce moment-là, on m’avait fait savoir que le besoin dans ce domaine deviendrait important. Un des médecins qui le faisait voulait arrêter et je pourrais le remplacer. J’ai donc fait de l’anesthésie le matin et la clinique l’après-midi. LN : Avez-vous connu des défis particuliers dans votre pratique ? DL : Je crois que les défis viennent du fait qu’on n’a pas de spécialistes sur place qu’on peut consulter. Chaque médecin développe son expertise et entre nous, on s’entraide. Les défis c’est toujours lorsqu’on a un patient assez malade, comme un polytraumatisé qui doit être transféré, et que la météo n’est pas toujours favorable. Le transfert est soit retardé, soit remis au lendemain, donc on doit mettre des bouchées doubles au niveau de l’équipe de soins pour passer à travers ça.

LN : De mauvais souvenirs ? DL : Non, pas vraiment. Je n’ai pas eu de cas de perte de patient en anesthésie pendant mes 33 ans, sur la table d’opération. Je n’ai pas eu de mauvaises expériences. J’imagine qu’on devient un peu téflon avec les années, on veut toujours avoir de l’empathie, mais sans tomber dans trop d’affection pour nos patients. Il faut garder une certaine distance tout en étant très présent.

LN : Avez-vous des fois soigné plusieurs générations dans une même famille ? DL : Dans ma pratique, j’avais souvent quatre générations : j’avais la grand-mère d’environ 85 ans, la mère dans la cinquantaine, sa fille dans la trentaine que j’ai moi-même accouchée, donc la boucle était bouclée. La consultation c’est toujours une joie, car j’ai des patients qui sont avec moi depuis juillet 90. Comme je leur disais ces derniers mois, pour certains c’est plus long que leur mariage. Finalement, on ne divorce pas, on fait juste se séparer.

LN : Avez-vous un projet particulier pour la retraite ? DL : Prendre les prochains quatre à six mois pour relaxer un peu. Ma femme et moi on a une passion pour les voyages, surtout à l’étranger, que ce soit pour le trekking, le vélo ou la marche. On aime les voyages d’aventures, un peu difficiles. On a commencé l’apprentissage de l’espagnol depuis à peu près deux ans et, dernièrement, on a fait un séjour au Guatémala pour le perfectionner. Le plan c’est de faire du bénévolat médical à moyen terme dans des pays d’Amérique centrale ou du sud; le prérequis c’est que ce soit un pays hispanophone. Ça pourrait être de la médecine familiale ou de l’anesthésie. Je n’ai pas encore regardé en profondeur les projets qui sortent, mais il y a différentes possibilités avec des organismes caritatifs ou religieux, mais pas comme Médecins sans Frontières qui sont dans des zones de guerre. LN : Autre chose en dehors du milieu médical, pour le plaisir ? DL : Reprendre des activités que j’aimais beaucoup comme le golf que j’ai joué seulement une ou deux fois par année. Faire plus de vélo, aller aussi à la pêche quand bon me semble au lieu d’attendre des journées de beau temps. Aussi, reprendre possession de mon tracteur de pelouse dont ma femme s’occupe depuis quelques années. Également, faire beaucoup de lecture, des séries de romans policiers que je veux continuer, des séries télévisées qu’on n’a jamais pu suivre par manque de temps, comme Game of Thrones dont j’ai seulement vu un épisode. Beaucoup de temps à reprendre, mais on ne déménage pas, on reste en ville. On va s’impliquer bénévolement et faire des activités comme du ski de fond et du curling. On peut donner encore de bons services, on n’est pas prêt pour la ferraille. On va mordre à pleines dents dans les aventures qui s’annoncent.

LN : On vous souhaite donc une belle et longue retraite !