Louise Leclerc Morin fut la personne visitée cette fois-ci. Fille de pionniers partis de l’Abitibi vers 1951, et venue à Hearst à trois ans environ, la benjamine a grandi dans la communauté, ainsi que les autres jeunes frères et sœurs de cette famille de 10 enfants. Son père, homme très sévère dit-elle, fut un jobeur qui travailla sur les chemins puis comme bucheron, alors que sa mère cuisinait pour une trentaine d’hommes d’un camp proche de leur domicile, à l’ouest de la ville. Ce qui n’empêchait pas celle-ci de chanter toute la sainte journée, y compris le répertoire de la Bolduc, vu qu’elle avait une belle voix.

Lorsque Louise Leclerc eut environ six ans, son père racheta un hôtel situé sur la George et appartenant à M. Belair, de Opasatika. Ceci sans aucune expérience préalable dans le domaine. « Mon père était un businessman. Il n’a pas été à l’école longtemps mais il était bon dans les chiffres. Ça s’est très bien passé pour lui. » La famille habitait l’espace du milieu, entre un magasin de seconde main installé en bas et les chambres des clients en haut. Quand un « chambrant » dépassait les limites envers l’une des sœurs, il était jeté dehors sans autre forme de procès. À la mort du père, l’un des fils transforma le magasin en un de meubles, aussi bien usagés que neufs.

Dans sa préadolescence, Louise Leclerc s’était faite remarquer par Cécile Comeau, prof de patinage artistique qui lui trouvait du talent, si bien qu’elle demanda aux parents de son élève leur permission pour faire un numéro de fantaisie avec elle.

L’expérience fut si concluante qu’au départ de Cécile pour l’Ouest, c’est Louise qui la remplaça l’hiver suivant. À l’âge de 18 ans, Mme Leclerc commença à travailler à l’Hôpital Notre-Dame au service de radiographie.

Elle y resta 23 ans à faire de la transcription médicale, mais laissa ce boulot quand elle développa un problème au niveau des bras. Entretemps, elle a quitté le toit familial vers les 21 ans, pour se marier. N’imaginant pas de déjà cesser de travailler après l’Hôpital, elle décida de se réorienter en Travail social sur les conseils d’une amie : « Louise, t’as tellement à offrir. Pourquoi tu n’irais pas dans un domaine pour aider les autres, parce que t’aimes ça. » Sitôt dit, sitôt fait. « J’ai étudié pendant deux ans à temps plein au Collège Boréal et j’ai adoré.

J’ai obtenu mon diplôme en 1997, je crois, puis j’ai trouvé un emploi au Service de l’aide à l’enfance où j’ai travaillé pendant dix ans. Là, c’était assez pour moi car j’étais dans ma cinquantaine », explique-t-elle. Prenait-elle sa retraite? Que non! Après une couple d’années de répit, elle a pris un emploi de 15 h par semaine pour aider une personne à mobilité réduite, ce pendant quatre ans. Depuis, elle s’occupe de prendre soin d’elle-même, et de choyer ses enfants et ses cinq petits-enfants. Tout en hébergeant au passage un Lumberjack américain pendant sept mois, expérience qu’elle affirme avoir aimée. Elle le reprendrait volontiers, s’il se décidait à revenir, dit-elle.

De plus, Louise Leclerc compose des chansons, comme celle écrite pour les funérailles de sa mère et interprétée par une de ses petits-enfants! Elle en a aussi écrite une pour son joueur de hockey, et compose autour d’une idée quelconque qui lui trotte dans la tête comme la guerre avec son titre J’aurais moins peur de devenir grand, ou la peine d’amour, les mélodies venant après, en essayant différents airs de musique.

Elle envisage aussi une chanson autour du suicide de son frère qu’elle aimerait voir revenir pour jaser avec lui. Elle a toujours aimé écrire et a créé bien des poèmes, trop humble, dit-elle, pour les partager avec d’autres, même si elle en a chanté un ou deux dans des soirées entre amis. Louise a même pris des cours de piano pendant quatre ans.

Elle est bien décidé maintenant à se faire plaisir en continuant à écrire, sa vraie passion.