Le métier de trucker en est un des plus indispensables, surtout pour nous autres vivant dans le Nord. On ne réalise pas toujours à quel point on en dépend pour que bien des produits restent à un coût relativement abordable pour la majorité des consommateurs. L’un de ces convoyeurs, Gilles Beauregard, fait chaque semaine le trajet Amos-Hearst depuis 13 ans pour approvisionner certaines entreprises d’ici, dans ce métier de camionneur qui est le sien depuis maintenant 39 ans.

Il venait d’avoir 18 ans, le Gilles, quand il commença à chauffer le camion à poubelles pour lequel il en ramassait, à Matagami, dans le nord de l’Abitibi. C’est le conducteur lui-même qui lui apprit comment manipuler clutch et transmission, « tranquillement, pas vite », nous dit-il. À l’hiver, il fut transféré à la Baie James sur un camion de déneigement de la même compagnie, tout comme la jeune femme qui l’intéressait, et qui travaillait aux cuisines du campement. Le couple fit ainsi le va-et-vient pendant trois ans, économisant assez d’argent pour se marier, il y a 35 ans. Mais lui ne laissa pas tomber la route pour autant, car c’était elle son premier amour.

Au cours de sa carrière, Gilles Beauregard a aussi charrié en double, soit deux trailers l’un derrière l’autre, il a fait le camion à ciment, le boom truck avec nacelle et mât de 100, 200 pieds pour soulever de la marchandise, et même l’autobus. Après cette dernière expérience, il est devenu contremaitre au garage de la compagnie qui l’employait pour le bus pendant quelques années, avant de reprendre le volant d’un camion. « J’adore la route, sans ça je ne serais pas icitte aujourd’hui. C’est un plaisir, moi je suis un gars de la route ».

Même si on l’aime, la route peut paraitre très longue des fois : comment fait-il pour rester éveillé ? Tout simplement, il se trouve un stationnement et fait un dodo d’une vingtaine de minute, lorsque les yeux veulent se fermer. Il lui arrive de faire une petite marche aussi ou d’écouter le rock des années 80-90 d’une radio de Timmins. « J’aime la musique, mais j’aime surtout la radio. C’est là-dessus qu’on apprend le plus vite si la route est fermée en quelque part. »

Tout travail a ses inconvénients aussi. « C’est le matin que c’est le plus dur. Se lever à deux heures pour être sur place et commencer la livraison à huit heures et quart, à Moonbeam. Sinon, je finirais plus tard, des fois trop tard aussi pour travailler le lendemain ». Entre eux, les camionneurs ont fini par connaitre leurs horaires : « on ne se nuit plus pantoute, là, on se connait, on s’envoie la main, depuis quelques années ça va très bien. Avant, on était tous en arrière l’un de l’autre, et des fois on est marabout, on veut se dépêcher », explique Gilles.

Sa femme trouve le temps plus long lorsqu’il est à la maison, parce qu’elle est habituée à être seule, dit-il. « Elle a son petit train-train, quand t’arrive, là on dirait qu’on dérange. » Concernant son maintien en bonne santé, Gilles pense qu’il faut travailler intelligemment. « Au début, je me prenais pour Hercule », et il a vite eu mal au dos. Les vieux routiers lui ont alors expliqué qu’il devait ployer les genoux et se baisser pour soulever les boites une par une. Maintenant, quand le corps parle fort, il l’écoute, avoue-t-il, surtout que sa femme le lui rappelle : « Tu te penses jeune, mais tu es vieux, ralentis ».

L’amoureux de la route pense quand même à la retraite, tout en n’envisageant pas de vraiment s’arrêter. Il pense plutôt recommencer à conduire un bus à mi-temps, ou faire des commissions pour des garages. « J’adore la route, j’adore les gens », répète-t-il. Autrement dit, Gilles Beauregard continuera d’accumuler des milles jusqu’au bout du chemin de sa vie!