Partir a l’avantage de permettre de revenir, ceci de plusieurs manières. C’est ce que font certaines de nos jeunes, comme Kariane Lachance qui a poursuivi des études en art dramatique à Ottawa. Elle a mis sur pied « Mauve Sapin », compagnie émergente de théâtre de Hearst, actuellement en résidence à la Place des Arts depuis la mi-mai, pour l’élaboration de La fumée lourde de silence pour toi, texte sur le thème des villages fantômes et maisons abandonnées du Nord.

Mauve Sapin, compagnie franco-ontarienne, a choisi de mettre le projecteur sur la réalité des gens du Nord, pour la faire mieux connaitre et comprendre de ceux d’Ottawa, au-delà de la fascination qu’ils éprouvent pour la région. Dans ce contexte, la compagnie théâtrale explore donc depuis bientôt trois semaines la problématique des villages fantômes en vue d’un texte narratif. Elle met à contribution le Centre des Archives de la Grande Zone argileuse, l’Écomusée de Hearst, des témoignages divers, ainsi que des visites de maisons et villages abandonnés. On parle donc d’une équipe de quatre personnes pour ce laboratoire d’écriture dramatique.

Kariane Lachance confie avoir toujours été très consciente « du phénomène des villes fantômes qui se passait dans le Nord, et de l’exode constant des jeunes pour le travail ou les études, même si tout d’un coup tu as quelqu’un qui reste là ». « C’était intéressant pour moi en tant qu’étrangère quasiment, puisque je re-reviens chez moi, d’explorer ce thème-là, en tant que personne qui a vécu ailleurs et qui revient. C’est ma curiosité personnelle qui a poussé le projet. Quand on est jeune, on grandit, on connait tout le monde. Depuis que je suis partie, quand je reviens on dirait que je ne reconnait pas tout le monde. C’est comme si j’ai été un fantôme aussi pendant quelque temps, c’est beaucoup de monde qui ne me connaissait pas, parce qu’ils sont nés après mon départ ».

De Hearst également par sa mère, la jeune Émilie Camiré-Pecek est comédienne et co-auteure du texte en chantier aux côtés de Kariane Lachance. Son expérience est un peu différente, dit-elle, « parce que ma famille vient d’ici mais moi j’habite à Gatineau. Tous les étés et à Noël je reviens à Hearst, c’est comme drôle de revenir ici pour chercher l’histoire, chercher les villes fantômes pour une pièce de théâtre ici. Ça me rappelle l’enfance, et c’est comme drôle d’avoir les deux perspectives entre grosse ville et petite ville, donc c’est intéressant ».

Alexie Madore Charron, jamais venue auparavant dans la région, dit avoir « trouvé ça super intéressant, et mon personnage est vraiment attaché à Hearst et à la communauté du nord de l’Ontario. Ça m’a fait découvrir ces deux dernières semaines toute la beauté du Nord, et vraiment comprendre comment mon personnage ressent la vie d’ici. Ça a été pertinent de nous emmener ici pour qu’on puisse le voir de nos propres yeux ».

Arnaud Dupuy trouve que « c’est intéressant de voir des villes qui autrefois ont existé et qui maintenant ne sont plus que des débris. C’est choquant un peu de se dire que des gens ont vécu là, et que finalement il n’en reste rien, ou presque. De voir aussi à quel point les villes du Nord sont éloignées les unes des autres, donc on n’a pas vraiment un accès facile aux villes. On est loin de tout mais ces villes fonctionnent quand même, comme des micro-organismes, et elles sont autosuffisantes d’une certaine façon. C’est intéressant, je trouve, et c’est définitivement pas comme ça par chez nous ».

Les choses ne risquent pas de s’arrêter en si beau chemin avec Mauve Sapin. Dès octobre prochain la compagnie sera de retour, cette fois sur la scène de la PAH pour la présentation d’un spectacle basé sur une histoire qui se passe dans notre communauté. « Ce sera intéressant de présenter ce show ici à Hearst parce que le laboratoire d’exploration, on l’avait fait devant un public d’Ottawa. Là, ça va être intéressant de voir ce que les gens pensent de ce qu’on a proposé. C’est rien de méchant mais j’ai hâte de voir la réaction des gens. » Il faut souligner que le répertoire de Mauve Sapin est uniquement constitué, jusque-là, de textes portant sur différents aspects de la vie des gens dans le Nord (Maman, Mamuche, Les pattes en aiguille). Ajoutons aussi qu’une facture non conventionnelle est privilégiée par Mauve Sapin pour qui c’est très important de garder le théâtre le plus accessible possible au grand public.

Autant de raisons d’avoir aussi hâte de les voir revenir à l’automne!