Tout au long de l’année, plusieurs célébrations spécifiques sont réservées à certains mois en Amérique du Nord. On a ainsi le mois de février pour l’histoire des Noirs, le mois d’avril pour la Poésie, et le mois de juin pour l’histoire des Autochtones. De façon générale, il y a des gens qui trouvent ce genre d’initiatives justifiées et d’autres pas. Le Nord s’est entretenu à ce sujet avec Wayne Neegan (Autochtone) et Élisabeth Labrie (non-Autochtone), conjoints d’un couple mixte vivant à Hearst.

Sans chercher à les provoquer, la question fut posée : pourquoi ce mois ? Pour monsieur Neegan, ceci reflète le fait qu’en juin commence l’été, qui permettait autrefois aux Autochtones la cueillette des plantes et herbes médicinales, de plus facilement se rencontrer et se réunir pour des festivités comme les pow-wow, donc un mois important dans leur culture, d’où son choix par les autorités pour célébrer l’histoire autochtone.

Pour madame Labrie, en tant qu’êtres humains, nous devons comprendre et surtout nous rappeler que les Premières Nations s’étaient déjà établies sur le territoire bien avant nos premiers contacts avec eux. Il faut penser au processus qui nous a mis en relation avec eux et réfléchir sur les rapports que nous voulons entretenir ensemble. En tant que nation, il faut aussi se demander comment on en est arrivé à établir un mois dédié aux Autochtones, car, dans un monde idéal, nous n’en aurions pas besoin. Mais, c’est nécessaire pour les non-Autochtones de comprendre l’histoire des Autochtones. Autrement dit, explique-t-elle, pour les Autochtones, s’il est important que leur histoire, leur culture et leur présence soient reconnues, ils voient aussi ce mois comme un signe que les choses évoluent dans la bonne direction. Il faut donc espérer qu’à un certain moment, une telle célébration aura lieu tout au long de l’année.

Wayne Neegan se dit une personne optimiste qui veut croire aux meilleurs moments vécus avec des non-Autochtones, d’autant plus qu’il a certaines facilités et privilèges que d’autres Autochtones n’ont pas. Ces derniers se sentent toujours jugés, pour la plupart, tout en vivant des situations d’oppression. Lui constate que pratiquement rien n’a changé pour son peuple : il y a toujours des meurtres à Thunder Bay, par exemple, et de la discrimination contre eux. Dès lors, ils ne sont pas surs de l’attitude à adopter, car pas moyen de savoir comment les gens vont les traiter. Donc pour que ça change vraiment, il faut bien plus qu’une célébration autour d’un mois quelconque.

Ce qui porta Mme Labrie à se questionner sur d’éventuelles activités en relation avec ce mois de juin dans notre communauté. Qu’avons-nous fait concrètement ? Y a-t-il eu une rencontre quelconque entre eux et nous pour se saluer ou échanger ? Rien ne s’est fait, alors que cela aurait dû être l’occasion de créer des espaces de rencontres et de dialogues avec l’autre. Elle s’est dite certaine que la plupart des gens ne savent même pas que juin est le Mois national de l’histoire autochtone, d’autant plus que jusqu’à récemment, certains ne savaient pas ce que furent les écoles résidentielles. Et si ses enfants connaissent la culture de leur père, ce n’est pas grâce à une date ou un mois célébrés, mais seulement par leur choix comme parents de renforcer jour après jour cet aspect de leur identité, souligne-t-elle. Malgré tout, elle pense que la date du 21 juin ainsi que le mois de juin sont importants à marquer en termes de célébration identitaire, mais qu’ils ont des significations différentes pour Autochtones et non-Autochtones.

À la clôture de l’échange, il était clair qu’il ne suffit pas d’avoir des enseignes de magasins en langue crie ou une œuvre d’art autochtone chez soi. Il importe davantage de pouvoir s’assoir avec l’artiste, d’échanger avec lui, de parler de lui à la radio ou dans un journal. Et surtout, de créer des espaces inclusifs où Autochtones et non-Autochtones peuvent évoluer en toute confiance et en harmonie dans la communauté, une initiative en ce sens à la fois, tant du côté des gouvernements, des organismes, que des personnes de bonne volonté.