C’est sous le thème «Parlez, ensemble c’est mieux» que les membres de l’organisme Parents partenaires en éducation se sont réunis en juin pour leur 9e congrès. Au menu, plusieurs conférences sur la construction identitaire et la transmission de la langue. Et si le français était plus que des phonèmes ou des intonations?

Depuis plus de 60 ans, l’association ontarienne propose notamment à ses partenaires en éducation des ressources en français, des sessions d’information, un programme de conversations et un congrès en juin, tout ça pour appuyer les parents dont les enfants fréquentent les écoles de langue française, catholiques et publiques, en Ontario. Selon Parents partenaires en éducation (PPE), «les parents sont les premiers éducateurs et sont aussi la première courroie de transmission de la langue, de la culture et des valeurs.» Plusieurs ateliers et présentations du congrès allaient dans ce sens. Francopresse en a particulièrement retenu deux : la conférence de Joanne Johnson et celle de Joseph-Yvon Thériault.

Transmettre la langue à l’école intermédiaire et secondaire En Ontario, il existe, selon Joanne Johnson des postes en construction identitaire pour l’ensemble des conseils scolaires de langue française. Cette ex-enseignante et directrice d’école occupe depuis 2018 le poste de directrice de la construction identitaire au Conseil scolaire Mon Avenir de la région de Toronto. Joanne Johnson estime que «l’engagement des élèves dans leurs apprentissages et leur construction identitaire est primordial. Au sein du conseil MonAvenir, nous privilégions depuis quelques années une approche intégrée en salle de classe au quotidien, qui amène les élèves à réfléchir sur différents enjeux reliés aux apprentissages dans les curriculums de l’Ontario. De cette façon, les apprentissages deviennent très authentiques et réels. Lors de discussions spontanées, les élèves sont invités à réfléchir à qui ils sont en tant que francophones catholiques, et quelles actions ils peuvent poser pour assurer un monde meilleur pour tous. C’est une approche qui interpelle beaucoup les élèves.» Avec tous les moyens de communication auxquels les ados ont accès, dont plusieurs sont en anglais, le défi est grand sur le plan de la construction identitaire. Celle-ci est-elle plus difficile auprès des plus grands ou des plus jeunes? «Je crois que la construction identitaire s’approche différemment selon l’âge des élèves. Les conversations, le choix de thèmes de discussions ou enjeux et les activités doivent évoluer en respectant le développement socioaffectif des élèves. Chose certaine, le partenariat entre les parents, la communauté et l’école est essentiel pour favoriser une construction identitaire positive chez nos jeunes, peu importe leur âge.» À propos de ces liens avec les parents, Mme Johnson mentionne que le conseil scolaire reçoit «d’excellents commentaires» de ceux-ci. «Plusieurs parents affirment que leurs enfants sont beaucoup plus sensibles à qui ils sont, ainsi qu’aux besoins des personnes dans la communauté depuis l’instauration de cette approche.» Des exemples? Un élève a fait des sandwichs pour les gens sans abri dans sa communauté et a demandé à ses parents de l’aide pour les distribuer. Aussi, une adulte œuvrant auprès d’un organisme communautaire de la région nous a félicités d’avoir éveillé chez les jeunes ados l’importance de protéger la langue française. Ces jeunes ont créé, de leur propre volonté, des pièces théâtrales mettant en vedette divers enjeux dont font face les francophones. Ils ont fait appel à un groupe communautaire de comédiens francophones pour peaufiner leurs pièces.»

Mais au fait, le français, ça transmet quoi? Dans la conférence d’ouverture du congrès, le sociologue bien connu Joseph-Yvon Thériault de l’Université de Montréal a voulu y aller d’intéressantes observations sur le français. S’interrogeant sur ce que transmet une langue et en particulier le français, l’Acadien d’origine propose deux tableaux. Le premier se réfère à certaines langues qui sont essentiellement là pour la communication. Le latin l’a déjà été. L’anglais joue ce rôle maintenant, compte tenu du nombre de locuteurs qui l’utilisent et dont ce n’est pas la première langue. Le français le fut aussi. Au moment de la Révolution française, il y avait beaucoup patois en France. Le français s’est imposé. Comme en Afrique avec la colonisation, aux dépens de certaines langues vernaculaires. Il fut aussi cette langue de communication dans les premiers temps du régime français en Nouvelle-France pour échanger avec les Autochtones, les Métis. Mais maintenant, le français joue sur le deuxième tableau. Celui de la transmission d’une culture comme le bulgare peut être une langue culturelle. En milieu minoritaire, «le français est une langue identitaire» soutient M. Thériault. C’est par celle-ci qu’on transmet des sentiments. Mais le défi est grand, reconnait l’universitaire. Ses interrogations confrontent et questionnent les francophones. Si la loi 101 est un succès au Québec puisque maintenant «95 % de la population parle français,» selon lui, la loi a-t-elle permis de faire aimer cette langue, de transmettre la musique ou encore la littérature du Québec? «L’enjeu est un peu le même pour les francophones hors Québec. Des immigrants sont instruits. Ils veulent bien s’intégrer aux francophones, mais encore faut-il les trouver… Comment réussir à intégrer culturellement les immigrants quand on a de la difficulté à intégrer nos propres enfants?» Vaste question…