Au Canada, la valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 6,6 % en 2018. En 2017, elle avait plutôt progressé de 8,4 % et en 2016 de 7,9 %. L’Ontario écope. C’est ce que révèle la 34e édition du rapport Valeur des terres agricoles 2018 de Financement agricole Canada, publiée le 29 avril dernier.

En Ontario, la valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 3,6 % en 2018. Il s’agit de la plus faible augmentation des dernières années, après avoir progressé de 9,4 % en 2017, de 4,4 % en 2016 et 6,6 % en 2015. Également, la province est loin de la hausse historique de 2012 avec 30,1%.

Selon le rapport, la région du nord-ouest de l’Ontario a connu la hausse la plus marquée de la valeur moyenne des terres, soit 7,6 %, suivie par les régions du Sud-Est et du Centre-Sud, qui ont des hausses respectives de 6,7 % et de 6,2 %. On peut attribuer les augmentations dans ces trois régions aux pressions à la hausse exercées par les grandes exploitations d’élevage intensif et les acheteurs en milieu urbain et plus particulièrement, au déséquilibre entre la forte demande et l’offre limitée de terres.

On sait que moins de transactions ont été enregistrées et observées en 2018 comparativement à 2017, bien que les données compilées ne sont pas précises. Il y a définitivement une offre limitée de terres et une compétition existe entre les acheteurs. Selon Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada, c’est cette perspective qui en est la cause. L’économiste dit que cette tendance devrait être encore visible pour 2019.

Soulignons toutefois que les régions du nord et de l’est de la province n’ont connu aucun changement en ce qui concerne les valeurs enregistrées.

Également, la demande de terres agricoles est demeurée solide dans le Sud-Est et le Sud-Ouest de l’Ontario. Les types de sols y sont propices à la production de diverses cultures de spécialité, notamment pour des légumes et du ginseng et en font ainsi des terres attrayantes.

Certains secteurs du centre-nord de l’Ontario ont aussi connu des hausses importantes de la valeur de terres agricoles. Ceci est attribuable plutôt à la pression urbaine et aux achats de terres en vue d’un futur développement.

Des valeurs qui varient

De ce fait, le prix à l’acre varie beaucoup d’une région à l’autre et même à l’intérieur d’une même région aussi. Par exemple, pour l’Est la valeur moyenne à l’acre est estimée à 9686$, mais varie de 2400$ à 16800$. Le Nord-Ouest connaît une situation similaire avec une moyenne de 9049$/acre. La valeur moyenne à l’acre, pour le Centre-Nord, est 7103$, et de 12 435$ et 10 593$ pour le Sud et le Sud-Est. Le Sud-Est a toutefois la plus grande variation avec des écarts de valeur de 6100$ à 21 400$. Le Centre-Sud suit avec des écarts de 9 500$ à 24 000$ et une moyenne de 16 535$ par acre. Le Sud-Ouest obtient la plus grande valeur par acre étant de 17 561$ et un écart de valeur de 11 600$ à 23 600$.

Finalement, le Nord a quant à lui les terres agricoles les moins chères, variant de 500 $ à 4600$ pour une moyenne de 3621$ par acre.

Diminution des revenus agricoles Parmi les facteurs qui influencent les données, il faut noter les revenus agricoles et les taux d’intérêt, a expliqué Jean-Philippe Gervais lorsqu’il commentait le rapport.

«À la fin du mois de mai, les chiffres devraient sortir et on devrait pouvoir dire qu’il y aura une diminution du revenu agricole dans l’année 2018. Dans le secteur végétal en particulier, les revenus vont avoir connu une diminution, mais les revenus agricoles des grandes cultures devraient probablement avoir augmenté au Québec, mais diminué un petit peu en Ontario», a analysé l’économiste.

Pour les terres agricoles à plus basse valeur, l’augmentation a été plus forte que l’augmentation des terres avec une valeur moyenne ou déjà plus élevée. «Les taux d’intérêt restent très bas de façon historique, aucune hausse de taux d’intérêt pour 2019 n’est prévue, a déclaré M. Gervais. On ne verra probablement pas une baisse, mais les taux n’augmenteront pas.» La crise du canola et du soya et la peste porcine sont des éléments à ne pas négliger et cela pourrait avoir un impact sur le prix des grandes cultures pour 2019.

En général, la plupart des provinces ont enregistré un taux moyen ou inférieur à 2017 pour la valeur des terres agricoles. «Il y a beaucoup de variations d’une région à l’autre et donc il est difficile quand même d’établir une moyenne par province et pour l’ensemble du pays», a ajouté Jean-Philippe Gervais.

Les perspectives à long terme demeurent néanmoins positives. La demande pour les commodités agricoles canadiennes demeure très forte. À court terme, il y a certains enjeux pour l’accès au marché qui montre le contraire. Il faudra peut-être réajuster certaines attentes et cela va peut-être même ralentir la croissance dans l’industrie. L’augmentation de la valeur des terres agricoles ne sera peut-être pas comme dans les années 2000, mais à long terme les demandes en agroalimentaire et la possibilité du Canada à les combler devraient être bénéfiques.