Ces dernières années, le nombre de massothérapeutes est passé de sept à trois dans notre communauté. Autrement dit, il y a des « orphelins » parmi les personnes nécessitant ce type de services. Rencontre avec Suzanne Morin Veilleux (SMV), qui offre des soins dans ce domaine depuis bientôt 30 ans.

LN : Quelle différence entre masseuse et massothérapeute ?

SMV : La massothérapeute est une personne qui a fait 2200 heures de cours et a réussi l’examen provincial pour avoir sa licence. Sinon, tu ne peux pas t’appeler massothérapeute, même si tu as reçu ton diplôme après trois ans d’études, selon les règles du Collège des massothérapeutes de l’Ontario (CMTO). Donc, tu dois te dire « masseuse » si tu pratiques sans la licence pour éviter des ennuis. À part de ça, il y a celles dont on entendait parler dans les salons de massage, et quand j’ai parlé d’aller suivre mon cours ma mère m’a dit : « Tu n’as pas peur de perdre ta réputation, Suzanne ? » (rires) Elle n’avait jamais entendu parler d’autres masseuses que celles-là.

                                                                                                       **LN** : Qu’est-ce qui vous a orienté vers ces études ?                                                                         

SMV : Je pense que c’est quelque chose d’inné en moi. La première fois que j’ai donné un massage, j’avais 14 ans. On était en voiture et je voyais mon père se tortiller le cou, j’ai commencé à lui masser les épaules pendant qu’il conduisait. Je pense que c’est là que ça a commencé. Je massais mes coéquipières et quand je travaillais à la garderie, j’aimais bien masser le dos des enfants. Après ça, j’ai lu un livre sur des techniques de massage et je me suis dit : c’est ça que je veux faire. Je voulais partir le lendemain ! Mais je n’avais aucune idée combien je pouvais aider les gens, c’était juste parce que j’aimais faire des massages.

LN : Donc ça sert à quoi, la massothérapie ?

SMV : À enlever la tension musculaire, parce que le massage est reconnu pour diminuer le stress et l’anxiété; réduire ou éliminer la douleur musculaire; améliorer la mobilité des joints; améliorer le drainage lymphatique, améliorer la qualité du travail qu’on peut faire et ça va promouvoir aussi la santé mentale. On le fait pour raison personnelle, professionnelle et ça peut être pour une cause spécifique comme le stress. Aussi, ça complémente très bien la physiothérapie et la chiropractie, car en général, les gens associent l’une ou l’autre à la massothérapie. Mais la plupart des gens viennent sans être référés par un médecin, parce qu’ils en ont entendu parler, ils veulent essayer autre chose ou ont essayé autre chose qui n’a pas marché.

LN : On peut prendre des massages sans avoir eu un traumatisme corporel ?

SMV : Définitivement. Mais quand quelqu’un vient pour la relaxation, on finit toujours par trouver des « nœuds » comme on dit, en fait de la tension musculaire. Ça fait toujours du bien à n’importe quelle place du corps et plusieurs viennent une fois par mois pour un massage de relaxation, d’autres plus souvent.

LN : Et ces services sont très utilisés à Hearst ?

SMV : Très et on manque de massothérapeutes, là. On était sept, maintenant on est réduit à trois. Sept, c’était peut-être beaucoup, mais je crois qu’on pourrait être cinq. On a toutes notre clientèle et on est tellement occupées qu’on ne peut prendre de nouveaux clients. Il faut quand même respecter ces clients qui sont avec toi depuis des années et ne pas les faire attendre deux mois pour un rendez-vous, là. C’est ça le plus important : ta clientèle qui paie ton salaire, finalement. On aurait besoin que d’autres massothérapeutes viennent s’établir ici.

LN : Et ça prend quoi ?

SMV : Ça prend que des gens suivent le cours, passent leur licence et viennent travailler ici. J’ai déjà parlé au Collège Boréal, mais je n’ai pas eu de nouvelles. Le cours n’est pas offert ici, le lieu le plus proche c’est Sudbury et la seule place en français. On garde l’espoir et on va continuer à essayer. Je ne sais pas ce qui pourrait convaincre les jeunes, mais je suis allée faire une présentation à ce sujet pour des élèves du secondaire il y a deux semaines, au Collège Boréal. Il faut que ça vienne de toi. C’est bien de pouvoir dire je suis mon propre patron, je travaille quand je veux, en plus tu dois avoir la discipline de garder une bonne posture, de faire tes propres exercices, de s’étirer parce qu’on peut avoir des problèmes si on ne se tient pas comme il faut. Je me suis même une fois fait opérer au bras; il faut quand même prévenir nous autres aussi. C’est pour ça que je travaille juste quatre jours par semaine. Mais c’est un travail vraiment valorisant que les gens apprécient, je reçois des messages disant : « Si tu savais comme tu m’as fait du bien, hier. » Je veux continuer encore, mais j’espère qu’il y aura d’autres massothérapeutes à venir à Hearst aussi.

LN : On vous souhaite donc bonne continuation !