À quelques jours du Salon du livre de Hearst, voici un texte d’Elsie Suréna sur l’écriture d’un roman policier. Ce genre de roman est justement à l’honneur lors de l’événement de cette fin de semaine à l’Université de Hearst.

Bien des gens rêvent d’écrire…un jour. Si c’est votre cas, et que vous avez envisagé le genre policier, l’affaire n’est peut-être pas aussi compliquée qu’elle parait de prime abord. Attention, je ne suis pas en train de dire que c’est facile, là. Non. Sauf que ce n’est pas si dur que cela non plus si on réalise que c’est du travail et qu’on lui accorde le temps qu’il faut. D’autant plus que le policier standard correspond à une formule narrative, selon cet autre aspect du mot « genre », comme lorsqu’on dit littérature de genre, telle que science-fiction (SF) ou romance.

C’est bien beau d’avoir une formule mais, direz-vous, où trouver l’idée, l’histoire à raconter? Il y en a plein autour de nous, si on se met à l’écoute de la réalité. Dans notre cas précis, des événements du passé, par exemple. On peut en considérer un à la lumière de ladite formule : situation initiale – élément déclencheur – péripéties – résolution – dénouement. Pour les détails de la formule, se référer à Google. Des faits? Vers la fin des années 60 à Hearst, le cadavre d’un homme ligoté, n’ayant aucun papier sur lui, fut trouvé sur les rails. Bien sûr, la PPO fut alertée mais l’enquête n’a pas aboutie, parait-il. Pour se faire la main, on peut aussi bien s’essayer au genre nouvelle, histoire courte impliquant peu de personnages. Voici ce que les faits précités m’ont inspiré.

Soir de brume

Au mitan de la nuit, une voiture venant de l’est prend à droite, franchit la track au ralenti puis s’arrête, tous feux éteints. Un revenant du passé arrive à destination. C’est ici que tout a commencé, un nébuleux soir de novembre, il y a trente ans. il rentrait d’un party avec ses chums qui l’avaient laissé au coin de la rue, sifflotant Ghost riders in the sky. Au moment d’ouvrir la porte, un voix familière prononce son nom.

-Mononcle, encore debout ? -Ouais, une dernière cigarette. Tu m’tiens compagnie ? -Ben, suis pas pressé.

Il redescend les marches du perron, l’oncle lui prend le bras proposant une petite promenade pour mieux s’endormir. Il accepte sans méfiance. L’oncle le dirige de l’autre côté d’la track, sa poigne se fait plus solide quand il passe derrière le hangar de la forestière. Il lui dit d’un ton complice t’es un homme maintenant et lui tend une cigarette. Le jeune hésite mais une cigarette n’a jamais tué personne, après tout. Il apprend à en aspirer la fumée puis reçoit une espèce de bonbon au goût bizarre pour en chasser l’odeur de sa bouche, si jamais. Là, il se sent faible, nauséeux, et s’appuie le front à la paroi du hangar. L’oncle se plaque tout contre lui et défait lentement ton ceinturon.

Le chauffeur ralentit davantage, traverse la track et range le véhicule derrière ce qu’il reste du hangar. Il inspecte les alentours puis se dirige rapidement vers une maison située en retrait. Son oncle est un couche-tard. Vêtu de sombre, une casquette enfoncée sur le crâne et bedonnant, très difficile de reconnaitre en lui le maigrichon surnommé Flaco, à cause de sa moitié maternelle de sang latino. Il atteint la porte arrière jamais verrouillée, car il ne se passe rien ici, se plait-on à répéter dans ce coin du Nord.

Bien calé dans son Lazy-boy, l’homme tend la main vers un paquet de cigarettes de contrebande pour sa dernière sèche du soir. Un léger bruit. Le vent, pense-t-il, saisissant son briquet.

-Laisse faire, c’est moi qui te l’offre cette fois.

Le geste soudain figé, son cœur fait fond. Cette voix… elle ne peut venir que des cauchemars qui ravagent ses nuits depuis trente ans. Bizarrement, il se sent soulagé.

-Debout, mononcle. On va prendre une petite marche pour mieux s’endormir. Tôt le lendemain matin, la PPO fut appelée par le conducteur du train qui n’a pu ralentir dans la brume à temps. Le cadavre amarré aux rails avait les pieds et les poignets ligotés, ainsi qu’un bâillon plein de mégots dans la bouche. Aucune piste sérieuse n’ayant été trouvée, l’affaire fut classée.