Être costumière de théâtre n’est pas seulement une affaire de tissus et d’épingles. Pour Liliane Lavack, costumière depuis 2014 pour les productions du Théâtre Cercle Molière, il s’agit d’habiller des comédiens avec une sensibilité qui touche à la passion.

Son atelier : une petite pièce carrée éclairée par un néon blanc. Il y a des bacs de tissus, un mannequin en bois et des armoires remplies de vêtements colorés. La costumière de 30 ans habille et rhabille les comédiens, et parfois dessine et coud des créations originales pour des pièces produites par le Théâtre Cercle Molière. Elle a une idée précise de son métier : « La création de costumes sert à soutenir la vision du metteur en scène sur la pièce. » La costumière est en constante collaboration avec le metteur en scène. « On a plusieurs conversations ensemble. Il me décrit vraiment en détail chacun des personnages. Ensuite, je peux commencer à travailler. Chaque collaboration est différente. J’aime les metteurs en scène qui me poussent à me dépasser, qui sont intéressés et impliqués dans la création de costumes. Un mauvais metteur en scène, c’est celui qui me dirait ‘Fais ce que tu veux’. Soit il ne s’y intéresse pas, soit il est plus spécialisé dans un domaine, comme le décor, et ne comprend pas l’intérêt du costume. » Liliane Lavack a ressorti des housses en plastique les vêtements qu’elle a créés pour la pièce L’Armoire. Cette coproduction entre le Théâtre Cercle Molière et une compagnie parisienne, La Compagnie du jour, a été jouée à l’automne 2018. Elle a disposé les vêtements consciencieusement sur son établi, au milieu de la pièce. Son regard sur ces costumes donne l’impression qu’elle entretient une relation particulière, quasi affectueuse, avec ces tenues sur lesquelles elle a passé des heures. Perfectionniste, elle replace sans cesse les costumes, boutonne une robe avec attention et touche ses pièces, les caresse presque. Liliane Lavack ne laisse rien au hasard. Chaque détail a été mûrement réfléchi. Tout commence par des dessins, qu’elle garde dans un grand cahier. Au fil des conversations avec le metteur en scène, les croquis évoluent pour arriver à la version finale. « Pour trouver le bon costume, je commence par associer une couleur à chaque personnage. Je recherche beaucoup d’informations sur eux et je m’interroge. Par exemple, est-ce qu’il porterait plutôt des imprimés ou des vêtements unis ? J’explore aussi leur passé. » La costumière se penche sur le corps du comédien et imagine aussi celui du personnage de la pièce. « On ne demande jamais aux comédiens de changer leur corps ou de perdre du poids par exemple. C’est à moi d’ajouter des accessoires. Si le personnage est enceinte, je peux ajouter un ventre. Ou de l’embonpoint si nécessaire. » Liliane Lavack s’approche d’une tunique posée sur l’établi. « Je l’ai cousue pour le rôle d’une femme de pouvoir qui a été rejetée par sa communauté. J’ai choisi un style un peu futuriste, avec des lignes sévères et des couleurs très froides, le gris et le bleu marine.» Être costumière au théâtre ne s’arrête pas à la fabrication de créations originales de A à Z, fait- elle remarquer. « Je dois aussi aller acheter des vêtements en boutique et composer des tenues. Parfois, sur ma liste, j’ai un pantalon et une chemise, mais je vais acheter quatre ou cinq articles de chaque pour avoir le choix en essayage avec le comédien. Et toutes les pièces n’ont pas le financement nécessaire pour avoir des tenues originales fabriquées à la main. » En effet, pour la dernière pièce avec laquelle elle a collaboré, le budget des costumes atteignait 400 à 600 dollars par personnage. Elle précise : « C’est peu pour une pièce. Un personnage, ce n’est pas un, mais plusieurs ensembles, avec des accessoires. Le budget était deux fois plus élevé pour la coproduction L’Armoire, où j’ai tout cousu à la main ». Depuis sept ans, Liliane Lavack creuse la psychologie des gens avec une spécialiste, à Winnipeg. « D’une part, ce coaching m’aide à créer les costumes qui reflètent le mieux les personnages de la pièce. D’autre part, il me sert à mieux connaître les comédiens. Ils se changent devant nous et notre mission, ensuite, c’est de les rhabiller dans un autre. On les transforme. On a une part de responsabilité dans leur compréhension de leur personnage. » Liliane Lavack a conscience du pouvoir que lui donne cette place en coulisse. « Parfois, je sens leur insécurité avec leur corps et leur manque de confiance en eux. Je suis donc aussi là pour les rassurer. »