L’espoir d’innovation politique et électorale a chuté, le 23 avril à l’Île-du-Prince-Édouard, avec le rejet d’une réforme du scrutin et une montée soudaine des conservateurs aux dépens des verts. Un gouvernement minoritaire sera formé par le chef Dennis King, entrainant une 5e province de suite vers la droite et pesant contre la réélection à l’automne des libéraux de Justin Trudeau à Ottawa.

Après plus d’une décennie dans l’opposition et malgré l’élection récente d’un nouveau chef, les progressistes-conservateurs ont remporté 12 des 27 sièges à la législature de Charlottetown. Pour la première fois au Canada, l’opposition sera formée par les huit députés du Parti vert mené par Peter Bevan-Baker. Les libéraux du premier ministre sortant, Wade MacLauchlan, ont élu six représentants. Dans son discours victorieux, l’ancien journaliste Dennis King s’est montré prêt à gouverner pour tous les insulaires et s’est adressé aux francophones. « Je ne parle pas français, mais je veux apprendre. Je veux travailler avec ma communauté. » Le prochain premier ministre a reçu les félicitations du chef Andrew Scheer du Parti conservateur du Canada. L’IPÉ est la cinquième province de suite à élire des formations de droite depuis la victoire en moins d’un an de Doug Ford (ON), Blain Higgs (NB), François Legault (QC) et Jason Kenney (AB). L’élection porte à sept, en incluant le Manitoba et la Saskatchewan, le nombre de provinces à se doter d’une gouvernance conservatrice. Les premiers ministres de ces gouvernements n’ont pas caché leur intention de combattre l’administration libérale à Ottawa lors du scrutin d’automne. La prochaine élection provinciale aura lieu le 16 mai à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une avance verte jusqu’en fin de campagne

Le futur chef de l’opposition officielle a exprimé des sentiments mitigés quant aux résultats. Peter Bevan-Baker regrette la défaite de son parti alors que les sondages lui donnaient une avance jusqu’en fin de campagne. Il a reçu les félicitations de la cheffe nationale des verts, Elizabeth May. « Les 27 candidats, et en particulier Josh Underhay qui, malheureusement, n’est plus parmi nous, méritent les plus sincères remerciements des verts d’un océan à l’autre. » Un siège demeure vacant à la suite du décès accidentel du candidat à cinq jours du scrutin. Le vote a été annulé dans Charlottetown-Hillsborough Park où une élection partielle aura lieu. L’autre enjeu de la campagne d’avril était le 3e référendum sur la réforme électorale. Les insulaires ont de nouveau rejeté, cette fois par une mince majorité de 51 % des voix, le projet de scrutin proportionnel mixte. Quelque 15 circonscriptions ont voté en faveur du changement, mais l’appui de 17 d’entre elles était nécessaire pour engager le gouvernement. La réforme pourrait procéder malgré ces résultats, explique le président de Représentation équitable Canada, Réal Lavergne. Il reconnait que les conditions n’ont pas été réunies pour imposer le changement à la législature, mais rien n’empêche les élus de poursuivre la démarche volontairement.

Quid du référendum ?

« Le chef conservateur a voté oui au référendum, c’est également la volonté des verts, et les libéraux sont dans une position où ils sont les plus pénalisés par le système. Il revient à la législature de décider de la suite. » Son organisation entend encourager les partis à poursuivre la réflexion. « Une façon de faire serait de constituer une assemblée citoyenne pour se pencher sur cette question complexe et faire un choix sur une formule qui ferait consensus » avant les prochaines élections provinciales. Les chantiers prioritaires du groupe demeurent l’IPÉ, les élections fédérales de l’automne et les élections de 2022 en Ontario. Les conditions favorables y seraient réunies étant donné « l’insatisfaction de la majorité de la population » envers le régime actuel.