Commençons par l’Ontario. Contre vents et marées Ils sont venus s’enraciner Contre vents et marées Villes et villages ont germé C’est avec ces mots que Denise Leboeuf, une auteure-compositrice franco-ontarienne, raconte l’histoire de son peuple. Le hasard de mes déplacements m’a permis de les entendre portés par sa voix et son piano, en Acadie, il y a quelques jours à peine. C’était 48 heures après le dernier mot du Commissaire aux services en français de l’Ontario. Ici, il n’est pas question du mot victorieux, celui qui cloue le bec à l’adversaire. Non ! Plutôt, c’est le cri ultime qu’on lance avant d’être réduit au silence.

François Boileau a déposé son dernier rapport annuel, le 16 avril dernier. Il n’y en aura pas d’autres, son poste ayant été supprimé tel qu’annoncé en ce jeudi noir de l’automne dernier, édité de toute pièce par le gouvernement de Doug Ford. Ce jour-là, la moitié de la francophonie de l’extérieur du Québec perdait une défense que l’on croyait solide. Le Commissariat aux services en français ne faisait pas que recevoir des plaintes et faire la leçon aux ministères récalcitrants. Il était aussi un observateur de la société dans laquelle les minoritaires vivent jour après jour. Dans son ultime prestation, M. Boileau parle de démographie, d’immigration, de soins de santé, bref des défis et des problèmes que tous les minoritaires vivent au Canada. Bien qu’il ne porte que sur l’Ontario, le message est universel. Quelques jours plus tard, Pascal Raiche-Nogue, éditorialiste à l’Acadie Nouvelle, critiquait la tiédeur du gouvernement conservateur de Blaine Higgs à l’endroit des francophones. La Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick a 50 ans cette année. L’éditorialiste nous fait comprendre que le premier ministre n’a pas le cœur à la fête. Un demi-siècle n’a pas suffi pour en faire une Loi pleinement respectée. On peut pourtant lire dans la Charte des droits et libertés que le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue, au même titre que le Canada. Franchissons maintenant quatre fuseaux horaires, de l’Atlantique au Pacifique. À l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, un dossier scolaire traine depuis 2010. Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) et la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique (FPFCB) veulent des écoles équivalentes aux établissements anglophones. Plusieurs écoles sont inadéquates et le transport scolaire est sous-financé. L’écart entre les deux systèmes scolaires est tel que des parents désespérés laissent tomber le système francophone pour permettre à leurs enfants d’étudier dans un milieu adéquat. Ce phénomène ne peut qu’aggraver l’assimilation déjà galopante dans cette province. Un jugement rendu en 2016 a déterminé que le Conseil scolaire et les parents n’avaient pas réussi à prouver que le calcul du financement des écoles pénalisait les francophones. La Cour d’appel a maintenu cette décision l’année dernière. Lueur d’espoir, l’affaire n’est pas encore classée. La Cour suprême vient d’accepter d’entendre la cause. L’enjeu en éducation sera toujours de protéger ceux sur qui repose l’avenir.

Que tout feu tout flamme Soit notre avenir Que nos voix résonnent Contre vents et marées. Denise Leboeuf a aligné ces vers pour célébrer trois siècles de présence francophone dans le Sud de l’Ontario. Cela se passait en 2001. Ces mots d’espoir résonnent encore en toute franchise aujourd’hui. Elle les a fait circuler sur le Web en décembre dernier en réaction à l’affront du gouvernement Ford. À parier que ce texte ne sera jamais caduc. Contre vents et marées, ce sera probablement le lot de tous les amoureux de la francophonie pour fort longtemps, partout au pays. D’un océan à l’autre deviendrait-il la devise des luttes pour le fait français ? Deux ambassadeurs des langues officielles parcourent actuellement le Canada. La tâche qui leur incombe semble colossale.