Après les mathématiques et l’éducation sexuelle, la réforme scolaire amorcée par le gouvernement Ford se poursuivra par un nombre accru d’élèves par classe. De quoi mobiliser le monde scolaire.

Les débrayages de jeudi des élèves ontariens du secondaire ont été suivis suivis, samedi, par une manifestation de leurs enseignants et de leurs parents contre les nouvelles mesures préconisées par la ministre de l’Éducation, Lisa Thompson. Au secondaire, celles-ci visent à faire passer de 22 à 28 le nombre moyen d’élèves dans les classes de la 9e à la 12e année. De la 4e à la 8e année, ce sera un élève de plus par classe. Pourquoi? «Afin d’harmoniser davantage l’effectif des classes du secondaire avec celui des autres provinces et territoires du Canada.» Le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin, s’insurge contre une telle décision. Il n’est pas le seul. L’ensemble des enseignants ontariens se mobilise. À l’AEFO, se sont joints le Syndicat canadien de la fonction publique – Ontario (SCFP), la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA) et la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO). Dans une déclaration commune, les représentants des enseignants dénoncent les nouvelles politiques du gouvernement conservateur affirmant plutôt que «des effectifs de classes moins nombreux améliorent l’attention et les attitudes envers l’apprentissage, tout en permettant au personnel enseignant et aux travailleuses et travailleurs en éducation d’offrir une attention personnalisée aux élèves. Cela mène à des gains sociaux et économiques à long terme.» Ce n’est pas tout. Rémi Sabourin mentionne également que les nouvelles décisions gouvernementales stipulent qu’à la prochaine rentrée, les élèves devront obligatoirement suivre quatre cours donnés via l’apprentissage électronique (à distance). Dans un tel cas, le ratio de 28 élèves sera dépassé. Cet apprentissage en ligne pourrait se faire au détriment de certains cours comme les arts ou la musique. Et qu’en sera-t-il des élèves ayant des difficultés d’apprentissage? L’ex-enseignant de Barrie se pose la même question. «Nous ne croyons pas que ça favorisera ces élèves.»

Conséquences sur le milieu francophone

Pour M. Sabourin, à terme, cette augmentation d’élèves pourrait se traduire par un manque d’effectifs dans le milieu scolaire franco-ontarien. D’ici environ trois ans, il prévoit qu’il y aura «300 enseignants de moins». Déjà, en mars, le ministère ontarien de l’Éducation avait prévenu les conseils scolaires de la province d’y aller avec la pédale douce dans l’embauche de nouveaux enseignants, ce qui ferait craindre un gel des effectifs selon de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Ces transformations – coupes, diront certains - du monde de l’éducation en Ontario pourraient-elles aussi avoir une incidence sur les programmes de formation des enseignants francophones ? Selon M. Sabourin bien «que le gouvernement n’en fasse pas mention», ça ne l’étonnerait pas qu’il y ait éventuellement des coupes dans ce domaine également. Pour l’heure, les enseignants ontariens, toutes langues confondues, se sont mobilisé par milliers ce samedi à Toronto, devant l’Assemblée législative.