Du 8 au 15 juillet dernier s’est tenu sur le campus de l’Université Laval ainsi que dans les murs de l’Assemblée nationale du Québec le Parlement francophone des jeunes des Amériques (PFJA), une initiative du Centre de la francophonie des Amériques (Centre). Pendant une semaine, quelque 120 jeunes d’une vingtaine de pays du continent américain – et du Nouveau-Brunswick, de l’Alberta, des Territoires du Nord-Ouest et de l’Ontario – ont joué à Monsieur le Député ou Madame la Ministre.

Ce n’était que la deuxième édition du PFJA. Pourtant, avec son principal partenaire, le Secrétariat à la jeunesse du Québec, ainsi qu’avec d’autres collaborateurs comme Radio-Canada, l’Université Saint-Paul d’Ottawa, l’Assemblée régionale Amérique (ARAM) de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ou encore l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Centre a réussi à inviter des conférenciers de choix.

C’est ainsi que des gens comme Greg Selinger, ancien premier ministre du Manitoba, avec France Gélinas, députée franco-ontarienne, et Line Beauchamp, déléguée générale du Québec à Paris, ont pu discuter de la valorisation de l’action politique lors de diverses tables rondes ou conférences. Le PFJA, rappelons-le, a été créé dans le but de renforcer l’action citoyenne.

Parlement, citoyens et médias

Les participants devaient réfléchir aux multiples enjeux et défis soulevés par les trois projets de loi à débattre. Des projets de loi reflétant des enjeux actuels d’une société élargie à l’ensemble du continent. C’est ce que les organisateurs appelaient le volet parlementaire. Le premier projet de loi visait l’ordre et la sécurité publique afin de lutter activement contre la radicalisation. Le second — le projet A5, les projets de loi ayant tous un nom comme dans les parlements réels — avait comme objectif de réduire les inégalités et assurer une meilleure reconnaissance des minorités par des mesures progressistes. Il voulait être le reflet d’une Amérique tolérante, plurielle, ouverte et prospère. Le dernier portait sur l’imposition de mesures coercitives applicables à tous (citoyens, entreprises et gouvernement) afin de contrer les changements climatiques et responsabiliser les acteurs de la société. À noter que les jeunes relevant du volet parlementaire représentaient chacun et chacune une circonscription, mais pas leur coin de pays. Une Acadienne était la députée de la Colombie, alors qu’un Guadeloupéen défendait les intérêts des Ontariens.

Les deux autres volets concernaient l’action citoyenne et les médias. Les participants du second avaient pour mandat d’influencer les discussions en faisant valoir leurs positions et recommandations sur les projets de loi débattus lors des commissions parlementaires. Aux côtés notamment du Brésilien Rodrigo Campos, président du Parti travailliste de Porto Alegre, l’ancienne porte-parole et ex-députée de Québec Solidaire au Québec, Françoise David, est venue s’entretenir avec eux de l’importance de s’engager pour une société plus juste.

Ceux qui se sont retrouvés dans la sphère médiatique ont suivi une formation pratique sur le journalisme politique. Ils ont également eu droit aux propos du correspondant en Amérique latine de Radio-Canada, Jean-Michel Leprince, féru en matière de liberté d’expression et de liberté de presse dans les Amériques.

Pourquoi un Parlement francophone ?

Histoire de tâter le pouls de ceux qui étaient à Québec et qui ont eu la chance d’entendre la conférence de clôture de l’ancienne ministre de la Justice en France Christiane Taubira, Francopresse a demandé à trois d’entre eux de répondre à la question : « qu’est-ce que ça donne » ?

Habitué des événements organisés par le Centre, le cinéaste franco-manitobain Gabriel Tougas est d’avis que « les simulations parlementaires sont des événements à caractère unique qui rassemblent des jeunes leaders exceptionnels. La qualité des participants, des jeunes politisés, mais aussi les diversités de leurs provenances, a fait de cette semaine une série de rencontres remarquables, profondes et durables. Le PFJA est un événement sans pareil », conclut le réalisateur de la série Chacun sa route, diffusée à TVA.

Le PFJA permet-il de comparer la démocratie d’ici avec celle de participants venant d’autres pays ? Anne-Sophie Farion est responsable des communications à la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick. Elle le croit. Française d’origine, elle salue le fait que les participants ont bénéficié « d’une formation en ligne sur le parlementarisme qui faisait des comparatifs avec d’autres pays. « Mais c’est surtout lors des discussions et débats informels avec les autres participants que j’ai eu l’occasion d’échanger et de découvrir le fonctionnement des autres pays. Nos discussions portaient aussi sur la situation du français dans nos pays et régions respectives. »

Quant à Zack Goobie, étudiant en science politique et en communication à l’Université d’Ottawa originaire de Moncton, ce qu’il a le plus apprécié, ce sont les rencontres qu’il a faites sur place. « Comme francophile, j’ai adoré entendre les accents de partout. De plus, j’ai adoré faire un discours dans l’Assemblée nationale, ce n’est pas à tous les jours qu’un anglophone de Moncton a cette occasion. »

Le mot de la fin revient peut-être à celle qui ne laisse personne indifférent par les temps qui courent, Michaëlle Jean. La secrétaire générale de l’OIF et présidente d’honneur du Parlement francophone des jeunes des Amériques 2018 a invité l’ensemble des participants à profiter de cet événement international pour « forger et enrichir » leur expérience face aux grands enjeux internationaux comme l’environnement ou l’égalité homme-femme. « Mobilisez-vous sans compter avec la conviction que sans la jeunesse, sans votre contribution, rien n’est possible. »

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Les jeunes parlementaires du PFJA. Photo : J. Rodier, Centre de la francophonie des Amériques.