La cheffe du Parti vert du Canada a été arrêtée en mars pour outrage au tribunal, lors d’une manifestation à Burnaby, en Colombie-Britannique, contre l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. Mais l’annulation du permis d’expansion par la Cour fédérale d’appel, le 30 août, rend justice à Elizabeth May. La cheffe est plus que jamais déterminée à monter aux barricades « dans la grande bataille contre le changement climatique ».

En mai, l’élue de Saanich-Gulf Islands a plaidé coupable et la cour lui a imposé une amende de 1500 $. Selon le juge, la désobéissance civile ne convient pas à ses fonctions parlementaires. Il a déclaré qu’en tant que députée, « elle ne devait pas abuser de son influence » et qu’à titre d’avocate, « elle avait la responsabilité de se conformer ». Mais Elizabeth May demeure indomptable.

« Si la Cour fédérale d’appel avait rendu cette décision avant, ce que j’ai fait n’aurait pas été illégal. C’était illégal seulement parce que le gouvernement avait imposé sa volonté et que (le propriétaire du pipeline) Kinder Morgan avait obtenu une injonction privée pour protéger son droit de construire. Ce n’est pas moi qui étais dans l’illégalité, mais Trans Mountain. »

Il s’avère que l’approche de l’Office national de l’énergie (ONE) était juridiquement défectueuse. La Cour a décrété que l’analyse environnementale était incomplète, ayant exclu le trafic maritime et ses effets sur les espèces marines, notamment des épaulards menacés d’extinction. Et l’Office aurait tenu des consultations de façade avec les autochtones.

Un délai qui pourrait affecter les élections de 2019

« Le mandat des membres de l’équipe des consultations ne se résumait pas à prendre des notes, estime le tribunal. La prépondérance de la preuve indique qu’ils se sont comportés comme si leur rôle consistait à consigner fidèlement les préoccupations et à les transmettre aux décideurs. » Il faut tout recommencer, soutient la cheffe des verts. « Le gouvernement de Justin Trudeau doit relancer les audiences de l’ONE avec les témoignages d’experts, les consultations sur l’environnement et avec les autochtones. On en a pour deux ans. »

Un tel délai pourrait nuire à la réélection des libéraux en 2019. C’est pourquoi le premier ministre, au lendemain du jugement, s’est montré prompt à relancer les audiences de l’ONE afin de relancer le projet. Sans écarter un appel du jugement, il a martelé que « la protection de l’environnement et la stimulation de l’économie vont de pair ».

Le premier ministre manque de sérieux, affirme la députée May. « Le Canada n’a pas de plan. Nous n’allons même pas atteindre les cibles de l’Accord de Paris fixées par le gouvernement Harper. »

Quelque 13 000 km carrés de forêts brulées en CB

Le rappel qu’Ottawa ne peut servir deux maitres fait écho à une manchette en France. Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a démissionné avec fracas le 28 août pour dénoncer les contradictions de son gouvernement.

« Je ne comprends pas que nous assistions dans une forme d’indifférence à la gestation d’une tragédie bien annoncée. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil, et ce n’est toujours pas appréhendé comme une priorité.

« On s’évertue à entretenir un modèle économique qui cause tous ces désordres, clame Nicolas Hulot. Je ne comprends pas comment, après un diagnostic imparable qui ne cesse de s’aggraver, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités. »

Elizabeth May est dans les premières loges pour témoigner du changement climatique. La Colombie-Britannique a confirmé le 30 août que le record de 12 161 km carrés de forêts brulées atteint en 2017 a été battu.

Le réchauffement du climat semble s’accélérer

Le gouvernement a prolongé l’état d’urgence jusqu’au 12 septembre alors que plus de 530 foyers d’incendie continuaient à faire rage. Jusqu’à présent, 1467 feux auraient été causés par la foudre et 443 par l’activité humaine, détruisant plus de 13 000 km carrés de forêts, selon le BC Wildfire Service. L’intensité et la durée des brasiers angoissent les autorités. Selon l’écologiste Robert Gray de Chiliwack, interviewé par la CBC, l’envergure des urgences depuis deux ans n’était pas attendue. « Ce que l’on prévoyait comme des conditions normales pour 2050, on les voit venir bien plus tôt. » Le bilan climatique de l’été est catastrophique : 51 degrés en Algérie, 49 en Californie, 41 au Japon, 37 en Russie et au Canada. On a vu des images surréalistes de vacanciers réfugiés en maillots de bain dans les Alpes sur des glaciers fondants. La pénurie d’or bleu causerait une désertification qui affecte globalement 1,9 milliard de terres agricoles, menaçant la sécurité alimentaire de nombreux pays. Un cercle vicieux inexorable semble enclenché.

En maillots de bain sur des glaciers fondants

Selon l’ONU, le monde a battu un record en atteignant dès le 1er août le « Jour du dépassement », « date à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en une année ». L’organisme explique : « En sept mois, nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres et récolté plus que ce que la nature pouvait nous fournir en une année. Nous avons émis plus de carbone que ce que les océans et les forêts étaient en mesure d’absorber. » Ce constat est établi à partir de trois millions de données générées par 200 pays.

La conclusion d’Elizabeth May : « Mon but, c’est la sensibilisation et la mobilisation de la population canadienne pour exiger du gouvernement fédéral une approche plus réaliste. »

À lire sur Francopresse : Feux de forêt, état des lieux après trois mois de flambée et Trans Mountain : la crise politique prend un virage juridique.

PHOTOS La députée fédérale Elizabeth May était arrêtée le 23 mars alors qu’elle bravait une injonction interdisant aux manifestants de s’approcher des installations de Kinder Morgan à Burnaby (CB). Photo : Capture d’écran de Radio-Canada

« J’ai croisé un ami du bureau » au défilé Pride de Toronto, commentait Elizabeth May sur sa page Facebook en 2017. La députée fédérale demeure toutefois critique des politiques environnementales de Justin Trudeau.