Lors de l’ouverture officielle du Musée canadien pour droits de la personne, Ginette Reno portait un châle signé Andréanne Dandeneau, qui a déjà aussi créé une robe haute couture pour un lancement de saison du Royal Winnipeg Ballet. Portrait d’une créatrice winnipégoise qui confectionne des vêtements dans le respect de son héritage métis et de l’environnement.

Née d’une famille métisse franco-manitobaine, cette designer spécialiste du bambou a d’abord étudié en Textile Sciences à la faculté à l’Université du Manitoba. Mais comme elle voulait parfaire ses études en français, elle est déménagée à Montréal pour s’inscrire au Collège La Salle dans un programme de design de mode. Puis au début des années 2000, elle revient à Saint-Boniface. Après quelques expériences en entrepreneuriat, Voilà par Andréanne nait en 2005, dans le sous-sol, chez les parents de la créatrice.

Voir la mode autrement

Andréanne Dandeneau n’est pas une entrepreneure qui tourne uniquement les yeux vers la caisse enregistreuse. Elle a aussi une vision, une philosophie associée à sa création. En fait, elle est de ce mouvement qu’on appelle le slow fashion. Dans une chronique signée en février 2015 dans Le Devoir, le réputé couturier québécois Jean-Claude Poitras décrivait le mouvement : « L’utilisation monstrueuse de produits chimiques toxiques mêlés à l’eau pour la teinture des textiles qui polluent nos ruisseaux, nos rivières et nos lacs, reste une triste réalité qui n’a plus sa raison d’être. Il existe depuis quelques années des équipements à la fine pointe de la technologie qui ne nécessitent plus d’eau pour teindre les fibres. »

Andréanne Dandeneau se retrouve dans ce mouvement, qui s’apparente à celui du slow food, né en Californie. « Le slow fashion est en opposition au fast fashion, qui signifie que les produits de mode faits outre-mer, de qualité inférieure, de matériel synthétique et au plus bas prix, ne se soucient pas de l’environnement. »

L’auteur et activiste canadien Craig Kielberger a d’ailleurs mis sur pied l’organisme Free the Children « pour attirer l’attention des Nord-Américains aux travaux d’esclavage d’enfants dans les manufactures au Bangladesh et en Chine », tient à souligner Mme Dandeneau.

Un mouvement qui convient parfaitement aux valeurs de la designer. « Mes ancêtres métis vivaient de la nature; ils ont donc développé un respect pour leur environnement. Je crois qu’il faut être fidèle à nos valeurs. Je veux offrir mon patrimoine métis et franco-manitobain. C’est une question à la fois économique et culturelle. Depuis mon enfance, j’ai été plongée dans un monde de textiles naturels, de motifs inspirés par les Prairies et d’arômes métis. Les imprimés floraux, les tissus soyeux et les lignes onduleuses de mes vêtements s’allient pour évoquer les Prairies et la culture métisse. En tant que conceptrice, mon plus gros défi consiste à savoir jongler entre créativité et exigences commerciales, deux éléments qui peuvent parfois être contradictoires. »

À noter que les motifs de ses vêtements sont dessinés par son père, David Albert.

Confortables, élégants et faciles à porter

Ce sont les adjectifs qu’utilise Andréanne Dandeneau pour décrire ses vêtements, qui sont à la fois féminins et confortables. Pour en arriver à ce résultat, elle a développé avec un tisseur de Toronto – d’ailleurs recommandé par Craig Keilburger -, un molleton de bambou « super confortable, selon la designer, qu’il tisse uniquement pour nous. » Le tissu est teint en Ontario à l’aide de colorants organiques mieux absorbés par les fibres naturelles comme la cellulose, « contribuant ainsi à réduire les infiltrations polluantes. »

En plus, ces teintures permettent « une bonne uniformité dans une myriade de couleurs ». Avec ses trois employés à temps plein et un contractuel, sans oublier ses parents et sa sœur jumelle, la propriétaire de Voilà propose aux femmes pour la collection printemps/été 2018 des vêtements qui fusionnent « le romantisme, le confort et les couleurs » dans des « imprimés floraux, des tissus soyeux et des lignes onduleuses » s’alliant pour évoquer les Prairies et la culture métisse.

Et où trouver cette ligne de vêtements ? Dans les foires de vente auxquelles Andréanne Dandeneau participe de Toronto à Vancouver, mais aussi à sa boutique à Winnipeg attenante à son atelier ainsi que par internet. Verra-t-on Voilà par Andréanne dans divers magasins au Canada ? « Mon plan d’affaire ne le prévoit pas. La vente directe à notre clientèle se cadre mieux dans la philosophie du slow fashion. » Par contre son plan prévoit la traduction en français dès cette année de son site !

PHOTOS Courtoisie Voilà.