C’est maintenant fait; la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton (FÉÉCUM) se tournent vers les tribunaux pour forcer la main de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick, dans le dossier de l’examen d’accès à la profession.

La SANB et la FÉÉCUM ont déposé un avis de poursuite en Cour du Banc de la Reine, lundi à Moncton. Les deux organismes passent ainsi de la parole aux actes, puisqu’ils avaient annoncé plus tôt ce mois-ci leur intention d’intenter un recours judiciaire pour s’assurer que les droits des francophones soient respectés. Ils sont représentés par l’avocat Dominic Caron, de la firme Pink Larkin de Fredericton.

Dans le document, donc l’Acadie Nouvelle a obtenu copie, la SANB et la FÉÉCUM contestent l’adoption du NCLEX-RN comme examen exclusif d’accès à la profession dans la province. Ce test en ligne, développé en anglais aux États-Unis et traduit en français, a remplacé l’ancien test canadien (à choix multiple et rempli sur papier) en 2015. Il est utilisé dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec (qui a son propre examen).

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Les organismes francophones argumentent, comme l’avait fait la Commissaire aux langues officielles du N.-B. dans un rapport récent, que la « traduction de l’examen du français à l’anglais contient des lacunes et des termes mal adaptés à la terminologie. »

De plus, ils avancent que les ressources de préparation en français sont moins nombreuses et de moins bonne qualité que les ressources en anglais.

Bon nombre d’infirmières francophones se préparent donc en utilisant des ressources en anglais et finissent par décider de passer l’examen en anglais, même s’il ne s’agit pas de la langue qu’elles maîtrisent le plus, soulignent les organismes.

« En raison du désavantage d’écrire le NCLEX-RN en français, plusieurs candidats et candidates francophones choisissent d’écrire l’examen d’admission à la profession en anglais, bien que ce ne soit pas dans leur langue maternelle. Ce chiffre ne cesse de croître d’année en année », lit-on dans l’avis de poursuite.

La SANB et la FÉÉCUM demandent à la Cour de déclarer que l’adoption de l’examen NCLEX-RN contrevient à la Charte canadienne des droits et libertés, à la Loi sur les langues officielles et à la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick.

« On veut de l’action concrète »

Au-delà d’une déclaration de la Cour du Banc de la Reine que l’adoption du NCLEX-RN a contrevenu à diverses lois, les parties plaignantes disent souhaiter des changements concrets afin que les francophones ne soient plus défavorisés.

Quelle forme ces changements doivent-ils prendre? L’abandon de l’examen NCLEX-RN et l’adoption d’une autre évaluation? Ou alors le développement de nouveaux outils de préparation en français?

En entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle, les présidents de la FÉÉCUM et de la SANB répondent qu’ils veulent laisser l’Association des infirmières et des infirmiers du N.-B. choisir la solution idéale. « On veut des changements dans les plus brefs délais. On veut de l’action concrète. On leur a laissé deux semaines après le rapport pour qu’elle effectue des changements. Et il n’y en a pas eu, ça fait qu’on va de l’avant », affirme Alexandre Cédric Doucet, de la FÉÉCUM. Son collègue de la SANB, Joey Couturier, abonde dans le même sens. « On comprend que ces personnes-là (les dirigeantes de l’AIINB) ont la capacité de faire mieux. On n’a aucun doute qu’elles sont capables de faire mieux, de sortir les outils, de trouver la solution parfaite. Tout ce qu’on veut, c’est qu’elles agissent dans les plus brefs délais. »

Lorsqu’on leur parle des critiques soulevées par certains intervenants de la société civile acadienne, dont l’avocat spécialisé dans les droits linguistiques Michel Doucet, qu’une poursuite risquait de pousser l’AIINB à se refermer comme une huître, disent que cette dimension a été sur leur radar.

Au final, les organismes ont tout de même décidé de passer à l’action après y avoir réfléchi, dit Alexandre Cédric Doucet.

« C’est certain que c’est quelque chose qui a été discuté à l’interne. On a laissé deux semaines aux différentes parties, soit le gouvernement et l’Association des infirmières (et infirmiers du Nouveau-Brunswick) de commenter la situation. »

Les deux leaders francophones se disent prêts à revoir leur approche et éventuellement à abandonner leur poursuite si l’AIINB apporte des changements. « De notre côté, à la FÉÉCUM, on est ouverts à toute discussion constructive. Si l’Association des infirmières veut régler ça à l’amiable, je n’ai aucun problème avec ça », dit Alexandre Cédric Doucet.

Joey Couturier affirme pour sa part que l’important est que les infirmières francophones cessent d’être défavorisées.

« On est là pour avoir le résultat au bout de la ligne, de faire changer les choses pour le mieux pour les étudiants francophones. Et si l’Association des infirmières est capable de faire son bout de chemin, nous on va être bien contents de faire le nôtre. »

L’Acadie Nouvelle a contacté l’AIINB pour obtenir ses commentaires, lundi après-midi. Nous n’avons pas reçu de ses nouvelles avant l’heure de tombée.

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